30/05/2016 Actualités

La ville du Havre, partenariat emblématique

Le Havre accueille une des plateformes industrielles les plus importantes et les plus dynamiques du  Groupe Total : ses activités y mobilisent près de 2500 salariés. Cette proximité, depuis de longues années, invite la Fondation Total à partager  les enjeux culturels et patrimoniaux de la ville.

Depuis 2009, la Fondation du patrimoine et la Fondation Total se mobilisent en faveur du patrimoine de la Ville. Le partenariat entre les deux fondations a permis de structurer cette démarche avec d’autant plus de bonheur que le Havre, reconstruite au terme des destructions de la seconde guerre mondiale, cultive un respect et une volonté inédites de préserver et de protéger. De la sculpture Le Signal qui défie la mer, aux statues monumentales de la Piscine, la Fondation Total a eu à cœur d’accompagner des projets qui non seulement, subliment la beauté des lieux mais aussi, quand c’est possible, leur donnent une nouvelle destination culturelle. La rénovation du Volcan d’Oscar Niemeyer symbolise ces deux objectifs et salue au passage une audace et un goût de l’innovation partagés.

La journée du 13 mai 2016 a vu l’inauguration de la restauration de la fontaine « La Main » de l’Espace Oscar Niemeyer, et la signature d’une nouvelle convention de mécénat en faveur de la restauration de la passerelle Le Chevalier qui enjambe le Bassin du Commerce.

Ces manifestations ont été l’occasion pour les deux fondations de célébrer les 10 ans de leur partenariat, et de faire le bilan de leur action commune pour la Ville du Havre, pour laquelle une somme globale de 833 000 € a été consacrée à la restauration patrimoniale de la ville.

Découvrez dans ce dossier les particularités de l’architecture du Havre à travers les monuments restaurés dont nous livrons ici quelques éléments qui définissent sa particularité et sa modernité.

D’AUGUSTE PERRET A OSCAR NIEMEYER, l’avant garde architecturale du Havre

Après sa destruction à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme confie en 1945 la réédification de la Ville du Havre détruite par les bombardements de la guerre à l’architecte Auguste Perret. Elle s’achève en 1964.

Le site a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO en 2005.

Entre 1978 et 1982 l’édification d’un espace culturel est confiée au célèbre architecte brésilien Oscar Niemeyer (1907-2012). Construit dans la continuité du Bassin du Commerce, l’Espace Oscar Niemeyer comprend deux édifices : un théâtre (la scène nationale « Le Volcan ») et une bibliothèque (le « Petit Volcan»). Ce lieu emblématique, visible et participant à l’une des perspectives majeures de la ville, fait partie du centre-ville reconstruit du Havre, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2005.

L’Espace Oscar Niemeyer est l’une des trois réalisations françaises majeures du maître, avec le siège du Parti communiste à Paris (classé Monument historique) et la Bourse du travail à Bobigny. Icône de l’architecture brésilienne, en plus de soixante-dix ans de carrière, Oscar Niemeyer a conçu près de six cents projets architecturaux dans le monde entier. Il a reçu les plus prestigieuses récompenses, dont le Pritzker Prize (1988) et a été élu membre de l’Académie américaine des Arts et des Sciences.

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LA MAIN FONTAINE, une trace très personnelle de l’artiste

Adossée à la coque du Volcan édifié sur la place Basse, la main fontaine a été réalisée d’après un moulage de la main d’Oscar Niemeyer.

Selon le souhait de l’architecte, la fontaine est l’unique animation du site, où seul le bruit de l’eau qui s’écoule de la main d’Oscar vient troubler la paix minérale de cet espace urbain. Il a été décidé en accord avec Oscar Niemeyer, peu avant sa disparition, de la restaurer entièrement.

En 2013, un soutien de 200 000 € a été apporté pour restaurer la fontaine « La Main » à l’identique, ravaler les façades extérieures des Volcans et les garde-corps en béton en forme de colombe et  imperméabiliser les terrasses des deux bâtiments.

 

MOBILIER DE L’ESPACE INTERIEUR OSCAR NIEMEYER, patrimoine et design 

En 2009, un soutien de 19 800 € a permis la restauration de 57 sièges (fauteuils et poufs) créés par Oscar Niemeyer.

Dans les deux bâtiments du Volcan, Oscar Niemeyer travaille l’espace intérieur en se concentrant sur les rapports entre volumes, matériaux et lumière. Le mobilier dessiné par Oscar Niemeyer parachève l’ensemble de ce dispositif. Il se compose de tables rondes et carrées en marbre et de fauteuils et poufs en cuir gold ou bleu.

Au total, 57 sièges sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Les dégradations diverses et l’usure des revêtements en cuir rendaient la majorité des sièges inutilisables. Ces mobiliers ont retrouvé aujourd’hui toute leur place au sein des deux édifices restaurés, la scène nationale « Le Volcan » et la bibliothèque Niemeyer.

LA PASSERELLE FRANÇOIS LE CHEVALIER,  signature d’une perspective  de la ville

La Signature de convention de mécénat le 13 mai 2016 va permettre la restauration de ce monument par une contribution de 100 000 € pour les travaux préventifs de la passerelle, afin d’éviter une dégradation de l’ouvrage.

La passerelle François Le Chevalier enjambe le Bassin du Commerce. Ce bassin est l’un des plus vieux ouvrages portuaires de l’extension urbaine de la ville permettant le développement du trafic commercial. En 1887, à l’occasion de l’Exposition maritime internationale, une passerelle métallique est construite face à la Bourse de commerce. Détruite en 1944, elle est remplacée par la passerelle actuelle.

A l’allure industrielle et contemporaine des années 1970, elle est l’œuvre de l’architecte Guillaume Gillet, Grand Prix de Rome en 1946. La passerelle piétonnière, primée au concours de 1972 des plus beaux ouvrages métalliques, constitue l’une de ses plus belles réalisations. Longue de 100 mètres et haute de près de 40 mètres, elle est emblématique de la ville du Havre. Elle relie les quais Lamblardie et Georges V et aboutit sur le côté Nord du palais de la Bourse.

« LE SIGNAL », sculpture monumentale de l’art comtemporain

La restauration de la sculpture  en 2012 a été permise par un apport de 63 000 €. Edifiée face au MuMa (musée d’art moderne André-Malraux), elle est aujourd’hui propriété du Fonds national d’art contemporain.

Erigé sur le parvis du musée, « Le Signal », fruit de plusieurs années d’étude (1955¬1961), est long de 22 mètres et pèse 22 tonnes.  Créée par  Adam, proche des Surréalistes et de Picasso, qui considère la sculpture comme un art spécifiquement monumental,  l’œuvre est  conçue  en lien direct avec le site d’implantation du musée. La réalisation constitue un défi technique : « Le Signal », bien que creux, est d’une portée remarquable, reposant sur son socle pour seulement un quart de sa longueur. Le choix du béton armé, tout en permettant de résoudre les problèmes de portance, revêt un intérêt bien particulier dans une ville tout juste reconstruite. L’artiste joue avec les effets de couleur du béton, en utilisant pour les finitions de son œuvre un ciment à laitance qui lui confère un grand éclat.

De même qu’André Malraux le souhaitait pour le musée, l’œuvre est, par sa modernité, le symbole d’une France qui se relève. L’artiste la qualifie d’« œil tourné vers l’avenir ».
Cinquante ans plus tard, la sculpture, placée sans protection face aux vents, avait subi de plein fouet les intempéries et l’érosion. Les infiltrations, en partie salines, avaient accéléré son vieillissement. Elle a été restaurée à l’identique.

LA PISCINE  ET SA FAÇADE, monument  Art Déco,  hommage au passé de la ville

L’édifice a été inauguré en 2013 après une restauration de la façade Art déco de la piscine afin de lui rendre son aspect d’origine ( apport de  150 000 €). Son histoire est faite des rebondissements de l’histoire.

Construite en 1937 sur les plans d’André Lenoble, la piscine du Havre possède une architecture remarquable. La composition épurée de sa façade est caractéristique des années 30, où les édifices publics se devaient d’avoir une dimension monumentale. Pour orner l’entrée principale, Alphonse Saladin, praticien de Rodin et artiste-conservateur du musée des Beaux-Arts du Havre, est chargé de réaliser deux bronzes monumentaux.

Le chantier de construction de l’édifice démarre en avril 1937 et les travaux doivent se terminer en octobre 1939. Avec la mobilisation, l’achèvement de la piscine est reporté à septembre 1940, date à laquelle l’agglomération du Havre, considérée comme place forte de l’armée allemande, est déjà fortement touchée par les bombardements de l’aviation alliée. Les Havrais n’ont pas l’opportunité de profiter de cet établissement moderne car la piscine est aussitôt réquisitionnée par l’armée allemande qui l’occupe et y installe sur le toit un poste de surveillance et une batterie de DCA. En 1942, les deux statues de bronze de Saladin sont déposées par l’armée allemande et fondues. Après les soldats allemands, ce sont les GI’s américains qui profiteront des plaisirs de la piscine jusqu’en 1946, modifiant ou dégradant au passage les différentes installations intérieures. Après quelques travaux de rénovation et de peinture sommaires, la piscine est enfin ouverte au public en septembre 1946 et inaugurée le 16 octobre, dans un Havre qui amorce sa reconstruction.

Lors de la rénovation de l’édifice en 1977, la façade principale de la piscine est recouverte d’un bardage aluminium. Le démontage de ce bardage en février 2011 permet de mettre à jour le revêtement d’origine réalisé en pierres marbrières. Aujourd’hui la piscine a pu être restaurée dans son état d’origine, avec ses couleurs, ses colonnes et ses statures monumentales.
A noter : les deux statues en bronze de Saladin, fondues par les Allemands mais dont les plâtres d’origine étaient conservés au musée Malraux, ont pu être restituées grâce notamment à une souscription lancée par la Ville sous l’égide de la Fondation du patrimoine, qui a permis de collecter 24 000 €.