24/11/2015 Actualités

Éléphants de mer, îles Kerguelen

Des animaux qui en disent long

Aux îles Kerguelen, des éléphants de mer sont équipés de balises Argos par une équipe du CNRS. Soutenu par la Fondation Total, le projet donne aux scientifiques les moyens de révéler les secrets de cette espèce et de son environnement : l'Océan austral.

Le plus grand phoque du monde

L'éléphant de mer est certainement le phoque le plus impressionnant. Il mesure jusqu'à six mètres et son poids peut atteindre trois tonnes !
« L'animal présente aussi la particularité de passer 10 mois sur 12 en mer pendant lesquels il peut parcourir horizontalement jusqu'à 16 000 km. Il enchaîne quotidiennement une soixantaine de plongées pouvant aller jusqu'à 2 000 m », précise Christophe Guinet, chargé de recherches au Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC-CNRS).

Le reste du temps, les éléphants de mer se retrouvent sur les plages des îles subantarctiques pour se reproduire. C'est ici que dans les années 70, les scientifiques ont pu remarquer à certains endroits, un effondrement de leur population. L'espèce, désormais protégée, n'est plus chassée.

Suivre ces mammifères à la trace

Les chercheurs se posent alors une question : et si les éléphants de mer subissaient des changements dans leur environnement ?
Pour y répondre, ils décident de faire des éléphants de mer de véritables agents spéciaux. Ils les équipent alors de balises Argos : petites boîtes pleines de capteurs. Celles-ci permettent de recueillir, en temps réel, de précieuses informations sur leur trajet, leurs zones de pêche et les eaux qu'ils traversent (température, salinité).
Les biologistes apprennent ainsi à connaître ces animaux et à comprendre leur évolution… On sait désormais que les variations de populations observées dans les années 70 seraient dues à un réchauffement des eaux de surface. Lequel aurait entraîné une modification de la chaîne alimentaire.
Les données recueillies profitent également aux océanographes, qui commencent à découvrir les secrets de l'Océan austral. Un milieu hostile jusqu'alors peu accessible à l'Homme, et pourtant fondamental dans la régulation du climat de la planète.
« Nous avons pris la décision de poursuivre cette approche en entreprenant la mesure de la fluorescence. Celle-ci doit permettre de préciser la production primaire [ndlr : le phytoplancton] à la base des chaînes alimentaires océaniques », explique Christophe Guinet.

éléphant de mer

Encore des choses à découvrir

Aujourd'hui, les éléphants de mer représentent la première source d'informations (98 %) sur la température et la salinité de l'Océan austral. Un océan qui, directement connecté aux trois grandes autres étendues (Atlantique, Pacifique, Indien), constitue une véritable clé dans la compréhension des climats.
Courant 2010, un observatoire a été créé pour pérenniser l'acquisition des données à l'échelle des dix prochaines années. Il s'agit de l'Observatoire MEMO : Mammifère marin Echantillonneur du Milieu Océanique. Les éléphants de mer devraient donc être en mesure de poursuivre leurs révélations sur leur espèce et leur environnement !
« C'est l'association des contributions de tous qui a permis la réalisation de ce programme et sa pérennisation en observatoire écologique et océanographique de l'Océan austral », illustre Christophe Guinet.

Une synergie de moyens financiers

La Fondation Total, engagée depuis bientôt vingt ans dans la préservation de la biodiversité marine, a apporté un soutien significatif à ce projet. Elle a complété, entre 2007 et 2010, les financements de l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) et du Centre National d'Etudes Spatiales (CNES) afin de :

  • développer de nouvelles balises permettant la mesure de la fluorescence (appelées CTD-Fluo) ;
  • équiper 15 éléphants de mer mâles, en complément des 30 femelles appareillées par le CNES-TOSCA et l'ANR ; et découvrir ainsi de nouvelles zones de l'Océan, uniquement fréquentées par les mâles ;
  • étudier leur comportement de pêche ;
  • observer l'Océan austral et diffuser les données à l'ensemble de la communauté scientifique (mais aussi au grand public).