12/12/2016 Actualités

[Éducation artistique et culturelle] Fayçal Karaoui

Virtuose, pour la musique classique, envers et contre tout !

Faycal Karoui

 

Fayçal Karoui est un personnage solaire qui vit au rythme de la musique qu’il transmet dans un engagement sans limite. Musicien complet, instigateur de projets originaux, il est l’actuel Directeur Musical de l’Orchestre de Pau Pays de Béarn (OPPB) qu’il dirige depuis maintenant 16 ans. De son propre aveu « Pau est l’aventure de sa vie ».
Son travail pour l’éducation culturelle, qui permet à de jeunes enfants de pratiquer la musique classique avec le programme El Camino, lui tient particulièrement à cœur.

INTERVIEW

Venu prendre la direction musicale de l’Orchestre de Pau Pays de Béarn (OPPB) à la demande d’André Labarrère, ancien Maire de la ville, avec lequel il entretenait une belle amitié, cet homme construit sa carrière au gré des rencontres plutôt que des opportunités et a investi cette ville avec passion. Cette « aventure de sa vie » se traduit par un engagement que cet artiste considère comme une évidence avec la conviction qu’une institution culturelle se doit d’être dirigée ainsi. Et cela lui réussit plutôt bien si l’on observe les émules qu’il entraine dans son sillage. Invité régulièrement à diriger des orchestres prestigieux de par le monde, c’est sur les terres paloises qu’il aime revenir pour creuser toujours davantage son sillon. Son dernier projet, « El Camino » lui donne un bonheur fou. Rencontre avec un homme inspiré ....

 

La saison musicale se termine forte de nouveaux succès et d’un public toujours plus nombreux au rendez-vous. Comment expliquez- vous cet engouement ?

 

Il y a d’abord le travail. 15 ans de pratique sur le terrain avec l’Orchestre. Nous avons semé, inlassablement, des idées et des projets sur cette terre paloise fertile et dotée d’un public fidèle et curieux ; on recense plus de 2000 abonnés ce qui, compte tenu de la taille de la ville, est une réussite. L’autre explication réside dans cette philosophie à laquelle je crois et à laquelle je ne déroge pas : partager avec le plus grand nombre la passion de la musique, l’amener là où elle peut être entendue. Il y a en effet un public oublié  - 7% des enfants seulement ont accès à la musique - ou empêché, car éloigné de ces lieux culturels : les personnes hospitalisées, en maison d’arrêt, les étudiants... Or l’Orchestre est un service public, au service du public. Nous devons donc aller à sa rencontre.

 

Parmi les nombreux projets que vous dirigez, il y a cet orchestre pour jeunes, « El Camino » mis en place tout récemment. Il semble vous tenir particulièrement à cœur...

 

C’est en effet un projet merveilleux mis en place en partenariat avec Demos et la Philharmonie de Paris. (Démos pour « Dispositif d'éducation musicale et orchestrale à vocation sociale » est un projet de démocratisation culturelle centré sur la musique ndlr). Nous n’avons pas inventé le concept mais le fait qu’il soit adossé à l’Orchestre de Pau lui donne toute sa singularité. J’aime à dire que c’est « le nouveau-né » de la famille, qui mobilise toute notre énergie mais nous apporte à tous de grandes satisfactions. El Camino, c’est un orchestre de jeunes enfants, entre 8 et 10 ans, issus de 9 classes de CE2, CM1, CM2 dont la plupart viennent de quartiers défavorisés. C’est ensuite un projet de « l’enfant » et non de classe qui ne compte parfois que deux ou trois « petits caminos ». Dans une société où ils ont tendance à « zapper » les activités, nous leur avons demandé de s’engager dans un projet- entièrement gratuit - qui requiert de l’assiduité : Ils travaillent 7 heures et demi par semaine, dans un temps de travail aménagé avec l’aval de l’inspection d’Académie. Nous nous attendions à de la « perte en ligne », il n’en est rien. Nous avons commencé avec 127 inscrits et avons terminé à 120. C’est au-delà de nos espérances. En 2016/2017, une nouvelle promotion de jeunes enfants a intégré le programme.

Parmi eux, beaucoup de fratries qui veulent suivre les pas de leur frère ou de leur sœur... Nous devrions désormais compter plus de 220 élèves. Nous avançons en marchant, dans un projet totalement novateur.

 

Le programme d'éducation musicale El Camino avec de jeunes musiciens

 

Il s’appuie sur une pédagogie assez particulière ?

 

El Camino est inspiré d’un programme mené depuis une quarantaine d’années au Venezuela qui a permis à des milliers d’enfants d’accéder à la musique classique. C’est une pédagogie qui bouscule un peu tout le monde, où l’on apprend à jouer des instruments avant d’apprendre les notes. Cela fonctionne par mimétisme ; les petits caminos apprennent la musique comme un enfant apprend à parler avant même de savoir lire. Ils ont déjà donné leur premier concert, au Zénith de Pau !

 

 

 

 

Vous avez pu mesurer les bénéfices de cet enseignement ?

Je vois les enfants évoluer de manière spectaculaire alors que nous avons commencé seulement en janvier dernier. Ils sont plus calmes, plus concentrés et puis il émane d’eux une telle fierté ! Pour observer les effets du programme, j’ai mis en place un comité scientifique avec un pédopsychiatre  et un professeur d’université. Il ne s’agit pas de porter un jugement mais plutôt un regard bienveillant sur ce qu’il advient dans leur scolarité, la fratrie, les familles, le quartier... Au-delà de l’expérience musicale, El Camino est aussi une aventure sociale par la pratique collective de la musique. L’Orchestre permet de véhiculer les valeurs d’une société idéale qui implique l’écoute et le respect de l’autre. Nous sommes en train de transformer la vie de ces enfants, peut-être même d’impacter leur vie d’adulte. J’aime l’idée de participer à quelque chose qui me dépasse complètement.

 

C’est un projet ambitieux qui nécessite du temps et ...de l’argent. Comment arrivez-vous à tout concilier ?

 

Nous mobilisons des musiciens, devons bien sur acheter les instruments. Nous avons réussi à obtenir d’une congrégation un lieu magnifique dédié au projet, « La Maison Camino », située dans un ancien couvent et disposons même de deux « bus » à nos couleurs pour les transports des enfants ! Tout cela coûte cher et nous bénéficions heureusement de l’appui de partenaires fidèles sans lesquels tout cela serait impossible. Total fait partie de ceux-là. Avec le Groupe, implanté dans la région, c’est presque une histoire d’amour ! Cette relation de longue date s’inscrit dans la complicité et la sincérité de nos échanges. Je crois aussi que nous partageons des valeurs communes comme l’engagement.

 

Un mot sur les succès de l’année écoulée ?

 

La nouvelle édition de « l’Orchestre s’éclate » a connu un nouveau succès avec des formations musicales un peu partout dans la ville, dans les quartiers, des lieux insolites. C’est une initiative qui a permis d’aller au devant du public hors les murs à la rencontre de plus de 3700 spectateurs en 28 concerts ! Nous avons pu créer des liens forts avec des structures socio-éducatives, observé des « mariages étonnants », comme un danseur de hip-hop évoluant sur un quatuor de Schubert.
Il faudrait sûrement renouveler ce programme plus régulièrement. Nous avons par ailleurs clôturé le conte musical « Un village sans papas » ; C’était un très beau projet sur deux ans que nous allons reprendre avec les caminos.

 

Pour conclure, qu’est-ce qui vous rend heureux ?

 

... L’émotion que me procure le fait de partager la scène avec « mes petits caminos », de voir les enfants qui jouent, sont heureux et fiers de se produire devant leurs parents, eux aussi admiratifs. On joue de la musique, on poursuit ces moments avec des fêtes dans les quartiers. Je ne sais pas s’ils seront musiciens professionnels plus tard, ce n’est pas mon ambition. Si certains d’entre eux le deviennent, tant mieux. Mon envie, c’est avant tout de leur faire aimer la musique. Et leur donner envie de la transmettre ! Mon rêve : que les petits caminos d’aujourd’hui deviennent les professeurs de demain !

 

Biographie de Fayçal Karoui

 

Faycal Karoui

 

Premier prix de direction d’orchestre au Conservatoire National Supérieur de musique de Paris en 1997, Fayçal Karoui débute sa carrière en devenant chef assistant de Michel Plasson à l’Orchestre National du capitole de Toulouse avant de rejoindre Pau en 2002. Entre 2006 et 2011, il est parallèlement directeur musical du New York City Ballet, fondé par George Balanchine et était, il y a deux ans encore, directeur musical de l’orchestre Robert Lamoureux.

Il dirige parallèlement les plus grands orchestres où il est régulièrement appelé, en France comme à l’étranger, en qualité de « chef invité ». Parmi ses nombreuses collaborations figurent l’Orchestre de Paris, l’Orchestre de l’Opéra National de Paris, l’Orchestre Philharmonique de Radio-France, l’Orchestre Philharmonique de Saint-Petersbourg, l’Orchestra Verdi de Milan, l’Accademia Santa Cecilia de Rome, le Brussels Philharmonic, l’Orchestre National du Capitole de Toulouse, l’Orchestre National de Lille.... Il intervient également au prestigieux festival des Chorégies d’Orange.

En 2013, il est  Nommé Chevalier des Arts et Lettres par la ministre Aurélie Filippetti.

La fondation total soutient le programme el camino

Programme El Camino avec de jeunes musiciens

 

La Fondation Total vient de signer une nouvelle convention de partenariat pour soutenir le programme El Camino qui permet la pratique musicale de juniors au sein d’un orchestre d’enfants

El Camino en 5 piliers :

  1. l’absence de sélection et de pré-acquis pour s’inscrire,
  2. l’apprentissage de l’instrument par la pratique collective et ludique,
  3. l’intensité obligatoire et exigeante (7h30/semaine),
  4. la pratique dans un lieu dédié au projet, havre de paix et lieu refuge pour les enfants et parents.
  5. un objectif partagé d’emblée par l’ensemble des participants : donner un premier concert dans les 4 premiers mois suivants le début du cursus.

Dès la première année, 120 enfants ont pu suivre ce projet. Pour l’année 2016/2017, 220 enfants participent à ce programme.

En savoir plus sur le programme d’éducation musicale El Camino