07/07/2015 Actualités

3 questions à Jean de Loisy

Le « maître » du Centre d'art contemporain parisien revient sur le programme qui s’est fixé comme objectif de faire connaître de nouveaux talents du Sud-Est asiatique

Jean de Loisy, Président du Palais de Tokyo (Paris), 2014.

Qu’ont en commun la trentaine d’artistes d’Asie du Sud-Est sélectionnés pour exposer au Palais de Tokyo ?
Ces artistes de l’Asie du Sud-Est contribuent à l’élargissement de notre champ de conscience. Non seulement, ils nous obligent à un accroissement géographique de nos zones de prospections, mais surtout ils nous invitent à une révision de nos critères que nous n’aurions pas soupçonnée. Dans leurs pays respectifs – archipel malais, Philippines, Vietnam, Birmanie... - ces artistes reçoivent très peu de soutien de l’état, et ne disposent que d’un nombre réduit d’infrastructures culturelles, de musées, de lieux d’exposition où montrer leur travail. Ils ont besoin d’aide et de visibilité. Or, l’installation de l’artiste birman Chan Aye au Palais de Tokyo a été vue par 200 000 visiteurs. Lors de son passage en résidence, puis dans le cadre de l’exposition « Archipel secret », son compatriote, le plasticien Aung-Ko, a collaboré avec les danseurs du Ballet de l’Opéra national de Paris, reçu des invitations pour participer à plusieurs biennales. En quelques mois, ces artistes jusqu’alors méconnus ont acquis une belle notoriété.

Et sur un plan artistique ?
Les artistes du Sud-Est asiatique ont un langage commun, à la fois ancré dans la tradition et les savoir-faire artisanaux de leur pays, et influencé par les tendances contemporaines occidentales. Ce langage ne ressemble pas à celui des artistes européens qui n’ont pas vécu au même « rythme » les transitions caractéristiques de la modernité. En proposant des solutions plastiques et visuelles innovantes, ils enrichissent notre langage. Ce sont aussi des éveilleurs de conscience. Leurs œuvres sont imprégnées des questions sociétales qui agitent leurs contrées : pollution, violence, déforestation, condition féminine...
S’ils ne sont pas reconnus dans leur pays, ils ont malgré tout une responsabilité forte au sein de leur communauté. Cet engagement local est fondamental et structurant pour leur pratique artistique. C’est aussi pourquoi Aung-Ko comme Chan Aye étaient réticents à quitter leur entourage pour s’installer provisoirement à Paris ! Pour tous les deux, ce voyage en France était le premier.

Quelle est la prochaine étape du programme « Talents émergents des pays émergents » ?
Dès cet été, Khairuddin Hori, le directeur adjoint de la programmation artistique du Palais de Tokyo, s’envolera pour l’Asie du Sud-Est, les Philippines notamment, pour y dénicher de nouveaux artistes. Puis en décembre 2015, le Palais de Tokyo co-organise à l’Institute of Contemporary Arts de Singapour (ICAS) une exposition avec des artistes français et des artistes repérés dans la région. Une nouvelle étape dans notre volonté d’ouvrir une voie, d’explorer une région du monde à laquelle le monde de l’art s’intéresse encore peu.

Que signifie pour vous travailler avec la Fondation  Total ?
Total bénéficie d’une connaissance technique et humaine de cette zone géographique qu’est le Sud-est asiatique. C’est pour nous essentiel de pouvoir s’appuyer sur son solide réseau, d’accélérer ainsi nos rencontres, nos déplacements dans un climat de bienveillance de la part de toutes les personnalités associées à notre investigation. Sans l’entreprise, nous n’aurions pas pu recruter - une première -, un directeur adjoint singapourien. La Fondation Total nous donne, bien sûr, les moyens économiques de mener ces explorations. En contrepartie, en s’intéressant à l’invention, l’entreprise découvre un autre langage, s’associe à un exercice de curiosité