11/06/2015 Actualités

Le rôle de l’océan dans la machine climatique

Portrait de Françoise Gaill

Françoise Gaill est responsable du comité scientifique de la plateforme « Océan et Climat », née d’une alliance des acteurs de la mer incluant en particulier la société civile, l'Unesco et la recherche. A l’occasion de la Journée mondiale des Océans, le 8 juin, elle revient sur le rôle de l’océan dans la machine climatique, et la nécessité d’intégrer l’océan dans les discussions de la 21e COP Climat.

A quoi sert la Journée mondiale des océans ? Quelle est votre contribution ?

Il s’agit d’une journée de sensibilisation à la fois au rôle majeur de l’océan dans la machine climatique, et à l’impact du climat sur le fonctionnement de l’océan. Cet événement vise à remuer les consciences du grand public, des scientifiques et des politiques à qui nous voulons envoyer des messages clairs. Personnellement, je coordonne le comité scientifique de la plateforme « Océan et Climat », qui réunit des ONG internationales, des organismes de recherche tels que le CNRS, l’Ifremer ou l’IRD, des universités, des associations d’industriels d’entrepreneurs ou d’élus. Notre plateforme crée en 2014 travaille à rédiger des propositions pour intégrer l’océan dans le champ des négociations climatiques à la COP21.

L’océan est donc absent des négociations de la 21e Conférence Climatique des Nations unies, prévue en décembre à Paris ?

Oui, alors qu’il est un enjeu majeur du changement climatique, à la fois parce qu’il est menacé, mais aussi indispensable au maintien de la vie sur notre planète. L’océan, qui occupe les deux tiers de la surface de la Terre, est le premier fournisseur de l’oxygène de nous respirons, avant les forêts. Il doit être pris en compte comme une solution aux défis climatiques de la planète. Il joue en effet un rôle crucial dans la régulation du système climatique : en brassant les eaux, il entraîne une circulation qui régule les conditions physiques et chimiques de l’atmosphère ; en absorbant 25% du CO2 émis chaque année dans l’atmosphère, et une grande partie de l’énergie thermique, il contribue à limiter le réchauffement climatique.
Malgré cela, il est absent des discussions de la 21e COP Climat. Or, un accord ambitieux à Paris est indispensable pour maintenir l’océan en bonne santé et lui permettre d’assurer ses fonctions essentielles dans le système climatique planétaire. C’est pourquoi depuis juin 2014, la plateforme « Océan et Climat », et son groupe Plaidoyer coordonné par l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), ont engagé une réflexion pour une intégration de l’océan dans le futur régime climatique.

Quels sont les enjeux de l’océan dans les années à venir ?

Avant tout la diminution des émissions de CO2, une des premières menaces pour les écosystèmes marins. En effet, l’absorption du CO2 a pour conséquence une acidification de l’océan. Cette acidification est dommageable pour les espèces marines, tels les coraux, par exemple. Les activités industrielles entraînent aussi une augmentation du niveau de la mer, l’océan se dilatant à mesure que sa température augmente. Une augmentation de volume qui s’ajoute à la fonte des glaciers. Or, cette élévation du niveau de la mer, qui, selon les prévisions, attendra 25 à 80 cm d’ici à la fin du siècle, a des répercussions dramatiques pour les régions côtières. Les îles sont les premières touchées. Si nous n’agissons pas, un grand nombre d’entre elles pourraient être englouties dans les décennies à venir.